Le confinement et le goût des autres
Depuis que nous avons des vies confinées à cause de la pandémie du Covid 19, l’autre devient, pour la plupart d’entre nous, une menace pour son semblable et il nous semble reculer dans la marche de notre civilisation au lieu d’avancer. Comme si nous avons perdu toutes les références sur l’importance de l’autre dans notre vie. Des livres, des tribunes dans des journaux ont essayé d’apporter des réponses à cette problématique sociétale. Nous avons dans cet article, essayé de répondre à la question suivante: comment rétablir l’image de l’autre et surtout reprendre le goût des autres après cette pandémie ?
Le but n’étant pas d’épuiser le sujet dans toutes ses dimensions mais de se limiter à rafraichir notre mémoire sur l’importance de l’autre dans notre vie à travers un survol succinct d’idées de penseurs ou d’écrivains qui ont enrichi le monde sur cette question, suivi des initiatives entreprises pour aller à sa rencontre, le comprendre et de conclure par une suggestion pour nous encourager à reprendre le pas.
Ce survol nous montrera la perception de l’autre : soit à travers l’amitié, le dialogue, le visage qui « parle », dans la notion du prochain, dans l’amour clé pour entrer en relation avec l’autre, du besoin radical de l’autre, de ce compagnon de route et de l’importance du regard de l’autre.
Aristote propose l’amitié, la philia, aux citoyens de la cité pour leur permettre non seulement de survivre mais aussi de s’épanouir en créant des rapports avec les autres.
L’autre est une sorte de complice, un « jumeau », avec qui je communique par le langage et l’expérience du dialogue selon Maurice Merleau-Ponty.
« L’autre est mon compagnon de route » a dit le pape François lors de son voyage en Irak, du 5 au 8 mars 2021.
Pour Emmanuel Levinas, l’autre se présente par le« visage », mais le visage qui ne se confond pas avec la face sensible, de l’autre, c’est une présence parlante : « Le visage parle. La manifestation du visage est déjà discours »., « l’expérience de l’autre est comme celui qui a besoin de moi et qui en même temps me commande de lui répondre. »
« Le prochain n’est pas l’autre, certes différent, singulier, mais celui avec qui je suis en relation et avec qui j’engage une relation. Avec le prochain, je partage une histoire, une humanité commune, un destin, une responsabilité, une fraternité, un avenir. » Antoine Messarra dans L’Orient-le Jour, 01 août 2014
« Je dirais que le besoin d’autrui est radical, il témoigne de l’incomplétude du Moi-Je ». Edgar Morin dans un entretien à la Revue des deux Mondes, 2002.
L’écrivain et philosophe libanais, Mikkail Neaime, affirme dans son livre البيادر que seul l’amour est la clé pour entrer dans le cœur de l’autre.
Par ailleurs, dans le monde littéraire, l’aventure de l’altérité et la rencontre de l’autre sont largement décrits dans les romans et les essais d’Amin Maalouf. Les exemples de personnages qui incarnent l’altérité sont légions. Car c’est dans la littérature qu’un « peuple dévoile ses passions, … sa perception de lui-même et des autres, y compris de nous-mêmes. … » Que l’identité ne peut prendre forme qu’à travers le regard de l’Autre « car c’est notre regard qui enferme souvent les autres dans leurs plus étroites appartenances et c’est notre regard qui peut aussi les libérer. » in « Les identités meurtrières »
L’expérience humaine, par excellence, qui nous apprend sur nous-mêmes, sur les autres et nous permet de tisser ou retisser des liens perdus, est celle du vivre ensemble. Pour apprivoiser cet art, des formations et des expériences de vies sont divers et variés au Liban: A titre d’exemple, nous citerons, l’expérience universitaire du master en relations islamo-chrétiennes à l’Université Saint-Joseph, la création de l’association Gladic (Groupement libanais d’amitié et de dialogue islamo-chrétien), le programme de l’association Reconstruire Ensemble, « Connaitre c’est aimer. Aller à la rencontre de l’autre pour découvrir sa spécificité et son génie », et l’expérience du dialogue de vie « islamo-chrétien » animé par le mouvement des Focolari. Toutes ces initiatives prouvent la capacité et le désir humain de construire avec son alter ego une société où il ferait bon vivre.
Pour nous booster après ce confinement, Catherine Belzun, docteure en neurosciences, à l’Université de Tours, dans Le Monde, 18 mars 2021, nous suggère pour défier cette vague de noirceur. « de nous associer à d’autres qui sont aussi dans une dynamique de      « positivité » : cela nous redonnera courage, il y aura un effet de boule de neige car justement cette dynamique nous donnera des ailes. »
Charlotte Farhat
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